La nouvelle Colonie Congo Belge vient de naître au cœur du grand continent africain. C’est en 1909 que l’Etat Indépendant du Congo devint Colonie Belge et aura pour Capitale la Ville de Boma où l’Administration coloniale s’y installa. Cette même année fut fondée la Colonie Scolaire de Boma par le Roi Léopold II. Comment organiser l’enseignement au Congo ? On se rappelle dans quels termes le Premier Ministre des Colonies, Mr Jules RENKIN, avait formulé son conseil au Roi : « Pour organiser l’enseignement au Congo, il faut faire appel aux Frères des Écoles Chrétiennes, c’est leur spécialité ». Vu ce témoignage, le Roi Léopold II demanda aux Frères de prendre la Direction de l’école de Boma.
Les Chers Frères peuvent s’enorgueillir d’être partis pour le Congo en 1909, au lendemain de la création de la Colonie. Depuis 1909, les Frères ont développé leur œuvre à travers tout le Congo. Comme éducateurs des élites congolaises, les Frères des Écoles Chrétiennes ont tenu une place de première importance. Après les improvisations de l’époque héroïque où n’importe qui se faisait maître d’école, les Frères furent les premiers spécialistes, les premiers instituteurs diplômés de l’enseignement primaire ; des professeurs d’écoles moyennes, normales et professionnelles.
En 1909, Léopold II, le Roi Souverain des Belges, lance son appel aux Frères des Ecoles Chrétiennes. L’école de Boma est fondée. Le Jeudi 16 Septembre 1909, cinq premiers Frères pionniers quittèrent la Belgique à bord du navire « Albertville ». Ils arrivèrent à Boma le Jeudi 07 Octobre après 21 jours de voyage. A leur arrivée à BOMA, les frères ont repris la Direction de la Colonie Scolaire qui jusque-là était tenue par les Révérends Pères de SCHEUT.
Les cinq premiers Frères qui débarquèrent à Boma sont : Frère Mery Raphaël (Supérieur), Frère Hilaris Karel, Frère Macé Dominique, Frère Marien Oscar, Frère Médard Marie. Les conditions de travail étant dures et pénibles, cinq autres Frères se joignirent progressivement aux Frères pionniers, il s’agit de : Frère Justijn Raus Charles (1912), Frère Camiel Alfons (1913), Frère Méderic Jules (1915) et Frère Maxime Sylvain (1919). Dès leur installation à Boma, les Frères ont créé une école de candidats commis pour la formation des fonctionnaires de l’Administration coloniale. Le règlement scolaire et le programme sont révisés pour les adapter à la « pédagogie lasallienne ». Le libertinage et les désordres cédèrent la place à l’ordre, la discipline et le travail. Les bons résultats ne tardèrent pas à venir. En 1914, cinq ans seulement après leur arrivée, la Communauté des Frères passe par des rudes épreuves. Elle perd coup sur coup trois Frères : Le Frère Justijn Raus Charles, le Frère Camiel Alfons, et le Frère Directeur Méry Raphaël. Son remplaçant, le Frère Méderic Jules, grand organisateur et pédagogue ne sera pas non plus épargné par le climat meurtrier de Boma qui l’envoya si tôt dans sa tombe en 1916. D’autres croix vont se dresser à côté des tombes des Frères pionniers, témoins d’un labeur harassant qu’ils ont entrepris pendant le court exercice de leur apostolat. Pendant la guerre, en 1916, un groupe imposant des Frères venant de la Belgique viendra assurer la relève pendant que le climat de Boma tuait autant que les fusils des allemands. Un an après leur installation à Boma, les Frères ne tardèrent pas à ouvrir une nouvelle communauté à Kinshasa, plus précisément à Kintambo avec une école professionnelle pour la préparation des artisans si nécessaires dans un pays en construction.
Un an après s’être installés à Boma, les frères fondent une Communauté à Kinshasa. Ils créent l’école primaire et l’Institut « Notre Dame Du Congo », la première école professionnelle de la ville de Kinshasa. Construite dans le site appelé « Kilimani » ou « la Montagne » (une assez plaisante hyperbole !), la nouvelle école des Frères accueillait des pauvres enfants dans les locaux inadaptés. Malgré les conditions difficiles, les pionniers n’en furent nullement rebutés, ni découragés au contraire, ils surent se dévouer jusqu’au sacrifice suprême. L’école professionnelle de la Montagne (Une assez plaisante hyperbole !) sous le vocable de Notre Dame du Congo va se hisser rapidement à la première place des écoles professionnelles de la ville de Kinshasa.
Pour faire face aux besoins sans cesse grandissants d’une population scolaire avide d’instruction, les Frères devaient construire, vers les années 30 et 40, de nouvelles écoles. A Léo-Est (Aujourd’hui la Gombe) se construit à neuf un bâtiment d’école professionnelle répondant aux exigences d’une école moderne parfaitement équipée. L’école St Georges de Léo II (Kintambo), une école primaire implantée en pleine cité indigène comptait déjà à cette époque plus de 1500 élèves. Sa salle des fêtes et son Stade Vélodrome faisaient la fierté de cet établissement scolaire.
En Septembre 1932, Monsieur le Gouverneur de la Province du Congo Kasaï, le Général ERMES, accompagné de l’inspecteur de l’enseignement, fit une visite à l’École Professionnelle de Léopoldville. Il témoigne en ce terme : « l’École Professionnelle de Léo-Ouest, dont la fondation remonte déjà vers 1910, est dirigée intelligemment par les Frères des Écoles Chrétiennes. Les travaux exposés à la foire de Léopoldville ne représentent qu’une partie de l’enseignement qui n’est pas seulement manuel mais aussi intellectuel. En quelques années, un élève qui veut se donner un peu d’application peut devenir, soit un bon ouvrier, soit un employé qui rendra de bons services. Par leur persévérance et leur dévouement, les Frères sont arrivés à de merveilleux résultats qui font d’eux d’admirables éducateurs qu’il convient de féliciter chaudement et sans restriction ».
En 1949, l’École Professionnelle de Léopoldville (E.P.L en sigle) fonctionne dans de nouveaux ateliers bien équipés avec des machines modernes ; un garage pour la formation des mécaniciens automobiles. Sous la direction des professeurs et des maîtres compétents, disposant d’un outillage perfectionné, les élèves-apprentis deviennent des ouvriers qualifiés très appréciés des industriels.
Le terrain St Joseph à Kintambo était une propriété, un ranch où les Frères faisaient l’élevage des vaches laitières. Ce terrain englobe actuellement le quartier JAMAÏQUE, le couvent des CARMES, le monastère des CARMELITES, le Centre NGANDA, le séminaire ST KAGWA jusqu’aux cimetières de Kintambo et tout le quartier BENSEKE. L’actuelle Communauté Marie Immaculée, construite vers les années 40, était la demeure des Frères travaillant à l’école St Georges, à l’étable des vaches et à la porcherie. L’imprimerie Signum Fidei était l’ancienne étable moderne pour les vaches laitières et en face de celle-ci, vers la petite rivière, se trouvait une porcherie à production intensive.
Vers les années 60 s’implante, proche de la Communauté Marie Immaculée, le Collège ALINGBA avec la bénédiction de l’UNESCO. Aujourd’hui, dans le même quartier, les Frères ont construit deux grandes écoles lasalliennes privées : Le complexe scolaire primaire Frère ZUZA et le complexe scolaire secondaire Frère ZUZA. Deux écoles qui font la fierté des Frères dans la ville de Kinshasa. Une autre école privée, Frère DIEZA, est en chantier toujours sur le terrain St Joseph de Kintambo.
À la demande de Mgr Joseph HEINTZ,Préfet Apostolique de Matadi, de la Congrégation du Saint Rédempteur, l’école des catéchistes de Tumba fut confiée aux Frères des Écoles Chrétiennes pour former des Instituteurs. En Juillet 1921, trois Frères s’installèrent à Tumba pour y implanter l’œuvre de St Jean Baptiste De la Salle. Il s’agit de Frère Auguste ALBRECHT chargé des constructions, de Frère Véron Charles TORDEUR, chargé des plantations et conducteur des travaux et de Frère Jean Van DYCK chargé de la pédagogie, le vrai maître d’écoles. Dès leur arrivée à Tumba, les frères se sont mis au travail. En 1922, le Frère Auguste commença la première construction en briques, une construction « test » pour vérifier la qualité des matériaux. Ayant été rassuré, le Frère constructeur et son équipe de maçons se mirent à construire le premier bâtiment scolaire en étage qui abritera les classes du primaire et celles de l’école Normale pour la formation des instituteurs.
En Février 1923, Mgr Joseph Heintz inaugurait le nouveau bâtiment en étage en bénissant les salles de classes sous le haut patronage du « Sacré Cœur de Jésus ». La statue commémorative de cette inauguration se trouve aujourd’hui au-dessus de la toiture de l’ancienne Chapelle des Frères. Ce bâtiment en étage fut un bijou dans la contrée de Tumba Il devait être probablement le premier bâtiment scolaire en étage dans toute la Préfecture Apostolique de Matadi. Malheureusement, abandonné pendant plusieurs décennies, ce bâtiment sera complètement démoli en 2007 soit à 85 ans de son existence. Il ne reste de ce bâtiment qu’un pan de mur comme vestige historique.
Entrés en Février 1922, les premiers moniteurs diplômés sortirent en Décembre 1925. Parmi eux, Mgr Simon NZITA qui sera le premier Evêque congolais du Diocèse de Matadi. De 1925 jusqu’en 1930, l’école Normale de Tumba connaît un essor considérable. Reconnue par l’Etat colonial, l’école recevait des subsides pour la formation des enseignants dont la colonie avait besoin. En 1923 le Fère Veron Ignace, l’homme de la Providence de l’œuvre de Tumba, fut nommé Directeur de la Communauté de Tumba. Sous son impulsion et son égide, les bâtiments sortaient de terre comme des champignons. Dès Février 1928, Frère Veron Ignace Tordeur, alors Visiteur des Frères des Écoles Chrétiennes, inaugure le Petit Noviciat à Boma et le transfère le mois suivant à Tumba. En Décembre 1929, s’ouvre le Noviciat à Tumba et le Scolasticat en 1930. Le Noviciat de Tumba sera transféré à Bamanya (Equateur) en 1932, ensuite à Ngombe Matadi en 1954. Notez bien qu’avant la fondation des maisons de formation de Tumba, les Frères 10 ans après leur arrivée au Congo avait entrepris le recrutement des Frères congolais. De Boma, en 1920, deux jeunes congolais partirent en Belgique faire leur Noviciat à Grand Bigard. Il s’agit de Frère Pierre FUNDI et de Frère François ALINGBA. A ces deux premiers Frères lasalliens congolais, s’ajouta en 1928, le Frère NYONGO NZINGA BUANGA Joanin qui fit son Noviciat à Bokrijck. Il fut le troisième congolais devenu fils spirituel de St Jean Baptiste De La Salle. Frères FUNDI Pierre, mourut à Tumba en 1923, l’année même de son retour de la Belgique. Frère ALINGBA François décéda à Ngombe Matadi et fut inhumé à Tumba en 1948. Frère NYONGO Joanin Mémoire mourut à Kinshasa et fut inhumé à Tumba en 1979.
Concernant les maisons de formation des Frères à Tumba, le Frère Veron Ignace fut le promoteur incontestable. C’est l’homme que la providence avait prédestiné pour enraciner profondément l’œuvre du Fondateur au Congo et lui donner son envergure exceptionnelle.
Les trois premiers Frères congolais (Fundi, Alingba et Nyongo) firent leur Noviciat en Belgique. Les autres devinrent religieux sur la terre sacrée de Tumba. Il s’agit de : Fr Zuza Clément, Fr Ngola Gabriel, Fr Malamba Clément, Fr Mfuku Justin, Fr Lauwers Edouard, Fr Lutete Antoine, Fr Manza Florent, Fr Simbi Désiré, Fr Mboyo Célestin, Fr Dieza Damien….. la liste est longue pour les énumérer tous.
L’École Normale de Tumba, fondée en 1921, sort ses premiers diplômés en 1925 (Élèves recrutés l’année scolaire 1922-1923) après trois ans d’études post-primaires. En 1934, la durée d’études fut portée de 3 ans à 4 ans. A partir de 1948, le programme officiel des études secondaires s’étendait sur 6 ans. L’année 1953, les premiers élèves du programme de 1948 rénové terminaient leurs études secondaires de 6 ans. En 1956, on adopte le programme belge des Humanités Scientifiques et la première promotion des « Humanités belgicaines » sortira en 1962. En 1963, Tumba ouvrait les classes des humanités pédagogiques à côté de classes des humanités scientifiques créées durant les années précédentes.
Tous les finalistes des Humanités Scientifiques et Pédagogiques devaient passer un examen organisé par le Ministère de l’Education Nationale du Gouvernement central en vue d’obtention de leurs diplômes de Fin d’Études (Diplômes homologués), à part le Jury organisé par l’école qui leur délivrait aussi un diplôme. Le diplôme homologué reconnu par l’État congolais vous facilitait l’embauche dans l’Administration et l’admission dans les Universités. En 1967, le jury organisé par l’école pour la fin des études fut remplacé par l’Examen d’Etat pour toutes les écoles de la République.
N’oublions pas qu’en 1921, lorsqu’arrivèrent à Tumba les premiers Frères pionniers, l’école était encore une nouveauté extraordinaire. Elle bouleversait les mentalités et les structures éducatives traditionnelles. Elle était pour les jeunes garçons qui s’y engageaient, une aventure vertigineuse. Enfin, dès les premières années de son implantation à Tumba, l’école eut sur l’environnement immédiat, sur la vie familiale, sociale et culturelle un impact puissant, facteur de transformations imprévisibles à cette époque. Plus de cent ans après, la petite semence jetée à terre à l’appel de Mgr Heintz est devenue un arbre aux ramures nombreuses faites des initiatives nouvelles que l’école que l’école a vu se déployer sans cesse.
L’histoire de la fondation de maisons des Frères dans le grand Équateur, depuis l’humble école primaire de Bamanya en 1929 jusqu’aux installations de différentes Communautés dans la province, demande une étude très approfondie et bien fouillée des archives du District. Malheureusement nous ne sommes pas en possession des documents pouvant nous aider à évoluer positivement dans cette étude historique.
La Mission de Bamanya fondée par les Pères du Sacré Cœur de Jésus était un lieu de prédilection pour les missionnaires de construire une école primaire pour garçons, tandis que l’éducation des filles était confiée aux Révérendes Sœurs du Précieux Sang de Jésus. A leur arrivée en 1929, les Frères ont commencé par construire l’école primaire suivie de l’école Normale. Ils se sont aussi investis à l’implantation du Noviciat qui ouvrit ses portes en 1933. L’école Normale de Bamanya, à la suite de Tumba première école Normale du Congo et dont elle est la jeune émule, a commencé son œuvre de rayonnement apostolique. Déjà en 1932, onze moniteurs viennent de conquérir leur diplôme et s’en sont allés semer la bonne graine à leurs petits compatriotes. Leurs désir ardent est d’être des aides puissants aux missionnaires.
En 1932, le jour de l’annonciation de la Très Sainte Vierge Marie, un grand événement survint à Bamanya. Ce fut une belle cérémonie que la pose de la première pierre du Noviciat de Bamanya. Mgr Van GOETHEM voulut bien la bénir. Il était entouré du Gouverneur de la Province de l’Equateur Mr DUCHESNE et de toutes les notabilités de Coquilathville (Mbandaka) ; les drapeaux flottaient fiers au vent et les enfants de l’école firent résonner les échos des forêts de leurs plus beaux chants. Cette pierre angulaire, d’une délicate inspiration, digne du moine-artiste qu’est l’architecte missionnaire du Noviciat, le Cher Frère DRIESEN August (Alfried HERMAN en religion) fait honneur à son talent d’une frappe de haut idéal. En 1933, ouverture officielle du Bamanya.
Le Noviciat de Bamanya a fonctionné pendant 21 ans avant son transfert à Ngombe Matadi en 1954. La raison de son transfert est due au climat torride, très humide et malsain de la forêt équatoriale. On a constaté la dégradation de la santé de certains jeunes Frères novices et celle de leurs formateurs. Plusieurs jeunes frères meurent à fleur de l’âge. Il fallait nécessairement déplacer le Noviciat dans un milieu plus salubre. Le choix tomba sur la région de Bangu, plus précisément à Ngombe Matadi où l’on construira, en 1953, un magnifique Noviciat aux allures d’un monastère.
Déjà en 1927, le Frère Visiteur des F.E.C avait répondu à l’appel du Gouverneur de Province de l’Équateur qui désirait établir un centre scolaire dont sa province était totalement dépourvue. Après son entretien avec le Gouverneur, le Frère Visiteur donna son accord de principe et obtint aussi l’autorisation du Vicaire Apostolique, Mgr Van GOETHEM. Cette autorisation historique fut à l’origine de nos œuvres de l’Équateur. En 1930, les Frères s’installèrent à Mbandaka. Malgré la crise des années trente les deux Frères, Frère Maillard Lucien et Frère Frans Van Paula se mirent à construire des bâtiments scolaires avec la grande bénédiction du Gouverneur de Province. En 1933 furent inaugurés les divers bâtiments définitifs du Groupe Scolaire ; bâtiments spacieux aux allures imposantes, inondés de lumière et bien aérés. C’est dans ces bâtiments où fonctionneront l’école primaire et l’école moyenne. L’École professionnelle sera ouverte en 1950 pour former des menuisiers des électriciens et des mécaniciens « tourneurs ». Les Frères vont se retirer de cette École Professionnelle en 1968 par manque d’un personnel qualifié. Les écoles des Frères à Mbandaka ont fonctionné sous le régime des Écoles Officielles Congréganistes. Elles recevaient beaucoup des subsides de l’État. Après Bamanya et Mbandaka, les autres fondations viendront enrichir la présence des Frères à l’Équateur. En 1949, Les Frères s’installèrent à ITIPO en ouvrant une école Primaire et une école Normale pour la formation des moniteurs. Cette Communauté fermera ses portes en 1975 suite aux avaries de la politique d’étatisation des écoles en 1974. L’école de BIKORO, au bord de lac TUMBA, sera fondée par les Frères en 1953. Sa fermeture en 1967 est la conséquence du mouvement de regroupement des maisons de Frères et leurs établissements scolaires décidé au Chapitre de District. Actuellement les Frères sont présents à Mbandaka où ils mènent une action apostolique et pédagogique efficace et approuvée dans trois écoles primaires et trois écoles secondaires avec un effectif de plus de 4000 apprenants.
KANGU fut l’une des plus éphémères fondations des Frères au Congo à l’instar de Mbanza-Ngungu, Konzo et Kilwa. Installés en 1934, les Frères quittent l’École Normale de Kangu en 1941, soit sept ans d’apostolat dans le Mayombe. Le motif de leur départ précipité fut l’incompréhension et la mésentente entre les Frères et les Pères de Scheut qui ont voulu imposer leur suprématie aux Frères en les considérant comme des religieux de seconde zone. Ils reprochaient aux Frères blancs de partager leurs repas ensemble avec les Frères noirs (fait raconté par Frère Manza Floriant qui a vécu dans cette Communauté).
En 1921, survint le « KIMBANGUISME » qui provoqua un réveil d’agitation prophétique dans le Massif de Bangu. Ce mouvement prophétique se dressait contre toute pénétration des missionnaires, surtout catholiques, dans la contrée. L’Administration coloniale avait de la peine à imposer son autorité dans la région farouchement xénophobe aux européens.
Pour travailler et transformer la mentalité hostile de la population, l’école serait un moyen efficace pour réussir cette mission. L’Administration coloniale fit appel aux Frères des Écoles Chrétiennes à s’occuper de l’éducation des enfants de cette contrée à majorité protestante et kimbanguiste. Le Frère Adrien (Antonissen Jan Baptist) reçut la mission d’évangéliser le Bangu. En 1932, il a parcouru toute la région de Bangu, s’entretenant méthodiquement avec les chefs de groupements et chefferies. Après des pourparlers avec les chefs coutumiers, ces derniers finirent par réclamer des maîtres de l’État pour l’instruction de leurs enfants. Le Cher Frère Adrien était l’homme providentiel pour tenter des essais. Avec des moniteurs formés à Tumba, quelques écoles furent ouvertes après bien de débats et de prudence politiques. Le progrès des enfants, le tact du Frère Adrien et de ses moniteurs finirent par créer une atmosphère plus pacifique. Les gens de la contrée de Bangu sont émerveillés des résultats obtenus dans leurs écoles par les jeunes moniteurs de Tumba. Dans plusieurs villages les préjugés tombent. L’indifférence et l’hostilité font place à la sympathie, à l’estime et à la bienveillante neutralité. Frère Adrien parvint à construire 16 écoles primaires dans la région de Bangu. Il sera aussi l’Inspecteur de ces écoles tenues exclusivement par les moniteurs qu’il nomme, inspecte, révoque et paye au nom du Gouvernement. Les écoles rurales du Bangu ont formé un réseau très dense des écoles primaires dénommé « ÉCOLES NATIONALES DU BANGU ». Avec ce réseau, il était plus que nécessaire d’implanter une école secondaire devant accueillir tous les finalistes du primaire. Les démarches furent menées pour ériger cette école à Ngombe Matadi. Mfumu LUTUNU, le chef médaillé de la région de Ngombe Matadi aida les Frères pour l’acquisition de plus de 100 Ha de terres. En 1936, les Frères ouvrent une Communauté dédiée à l’Archange « St MICHEL ». L’Ecole Centrale fut construite pour accueillir tous les élèves finalistes des Écoles Nationales de Bangu. Ce complexe, aux splendides bâtiments scolaires, fait fonctionner une école technique professionnelle avec des sections mécanique générale, électricité et menuiserie ; une École Normale pour la formation des instituteurs ; une École d’Arts, le « précurseur » de l’actuelle Académie des Beaux Arts de Kinshasa.
- En 1947, s’ouvre l’École d’Agriculture et une École de Rééducation pour jeunes délinquants (Nkondo).
- En 1954, s’ouvre le Noviciat de Ngombe Matadi après son transfert de Bamanya. Il fermera ses portes en 1974 suite à de difficultés financières et aussi par faute de candidats « Frères ».
- En 1974, Ngombe Matadi atteint son paroxysme de développement.
- En 1975, suite à l’étatisation des Établissements scolaires et à la réduction sensible de leur effectif, les Frères quittent Ngombe Matadi en fermant toutes leurs Communautés.
C’est avec beaucoup d’amertume que la nouvelle fut accueillie par le ressortissants du Bangu, les sympathisants, les élèves et anciens élèves de Ngombe Matadi. Qu’on se le dise que les Frères avaient plus investi dans la région de Bangu que partout ailleurs. Ils ont fait de Ngombe Matadi une grande agglomération avec trois grandes Communautés que nous considérons comme « la Perle du Bangu ».
- En 2025, les Frères décident de reprendre Ngombe Matadi après cinquante (50) ans d’avoir quitté ce milieu (1975). Ils ont pris la Direction de l’Institut Technique Industrielle (I.T.I) et de l’Institut Technique Agricole et vétérinaire (I.T.A.V).
Frère Justin MFUKU, fut le précurseur de l’arrivée des Frères dans la ville de Matadi. Pour petite histoire, Frère Camille Justin novice à Tumba tomba malade. Le Frère Visiteur Veron Ignace décida de l’envoyer à Matadi à destination de Kangu pour des soins appropriés. Malheureusement, il meurt à Matadi le 28 Octobre 1930. À ses obsèques, le Père Supérieur fit cette réflexion : « c’est la première pierre des Frères des Écoles Chrétiennes à Matadi, maintenant nous avons l’assurance qu’ils viendront ». Donc, depuis 1930 on attendait les Frères à Matadi.
Après plusieurs tractations faites aux Frères par les Pères Rédemptoristes, le 31 Janvier 1938 sans bruit, sont arrivés trois Frères des Écoles Chrétiennes à Matadi. Ils reprirent l’Ecole Primaire des Pères Rédemptoristes. À la rentrée des classes, le 02 Février 1938, ils s’installèrent dans leurs classes pour commencer leur noble mission. Outre le Frère Julien qui procéda à l’installation de la petite communauté, nous signalons comme pionniers le Frère ZUZA Clément Maria et le Frère SIMBI Désiré Maria. Le 18 Février 1938, arrive le Frère Marius MOORS comme premier Directeur de la Communauté.
Dès l’arrivée des Frères, la petite École Saint Alphonse va se développer par l’ouverture de nouvelles classes et la création de nouvelles Écoles Primaires dans toute la ville de Matadi. A cette époque, les Frères des Écoles Chrétiennes étaient responsables de tout l’enseignement catholique dans la ville de Matadi.
En 1938, la nouvelle école prise par les Frères avait un cycle complet du primaire avec 398 élèves au début. Pour aider les adultes moins instruits, les Frères ouvrirent une école des « boys » (domestiques) et un cours du soir comprenant deux années d’études. En 1943, s’ouvre l’École Moyenne de quatre ans avec 14 élèves. En 1947, les élèves de la première promotion de l’Ecole Moyenne obtiennent leurs diplômes de quatre ans d’études. En 1951, s’ouvre l’École des auxiliaires pour la formation des agents de bureau pour l’Administration Coloniale. C’était les embryons des Sections Scientifique et Commerciale actuelles. En 1952, l’école Saint Alphonse comptait 2115 élèves avec 40 classes du primaire réparties dans les différents quartiers de la ville : Ville haute (École mère), Nzanza, Camp Police (Camp Molayi), Camp Thys, Camp Manucongo, Bruxelles Nord (Notre Dame de Fatima). Le personnel est de 6 Frères et 43 Moniteurs. En 1955, l’École primaire comptait plus ou moins 2800 élèves. Cette même année s’ouvrait l’École Professionnelle au quartier Belvédère avec un Frère Directeur de l’école, deux enseignants expatriés et un instructeur congolais. Cette école fonctionnait au Régime d’Ecole Officielle Congréganiste. Les Frères quitteront cette école en 1968 en le cédant à l’Etat Congolais.
L’année scolaire 1958-1959 : La Communauté des Frères se compose de 9 membres aidés par trois professeurs expatriés et 70 enseignants nationaux. L’École de la Ville Haute s’appelle désormais « Collège Saint Alphonse ». Cette année, le chiffre record de 3802 élèves est atteint dont 3361 uniquement pour l’école primaire.
L’année scolaire 1959-1960 : La tâche devient énorme pour les Frères. Les 25 classes du primaire de Nzanza sont détachées de l’école primaire Saint Alphonse est confiées à la paroisse Saint Joseph. En 1961-1962 :toutes les classes du primaire sont cédées au Diocèse et deviennent des écoles autonomes. Les Frères ne gardent que ce qui est aujourd’hui l’actuel « Institut Ntetembwa » jadis appelé « Collège Saint Alphonse ».
L’année 1971-1972 : Suite à la politique de L’Authenticité et se conformant aux directives du « Mouvement Populaire de la Révolution (MPR) » et du Gouvernement de la République, leCollège Saint Alphonse devient « Institut ZUZA-SIMBI (IZUSI). Le choix de ce nouveau nom a été porté sur celui de deux Frères pionniers congolais qui, au nom des Frères des Écoles Chrétiennes, ont repris l’école léguée par les Pères Rédemptoristes : Le Frère ZUZA et le Frère SIMBI.
L’année scolaire 1974-1975 : Etatisation des écoles. Le Gouvernement récupère la gestion des écoles de confessions religieuses. Le cours de religion est supprimé dans tout l’enseignement au Congo. Les Frères expatriés rentrent définitivement dans leurs pays d’origine. Les Frères ne tiennent plus la direction de leurs écoles.
En 1977 : A la suite de la convention signée le 26 Février 1977 entre l’État et les Églises, les Frères acceptent la gestion de leurs écoles. L’Institut ZUZA-SIMBI prend le nom de l’Institut Ntetembwa (Etoile). De 1975 jusqu’en 1983, les Frères n’ont plus la direction de leur école et l’Institut Ntetembwa a connu la période la plus sombre de son histoire à cause de l’indiscipline et de la corruption à tous les niveaux. L’arrivée du Frère Jean Marie GUEBEN à la tête de cet Etablissement en 1983, était un salut pour le redressement de son niveau et la restauration de la discipline. A l’heure actuelle, le Collège Ntetembwa compte 4 sections : La Scientifique, l’Electronique, l’Electricité, la Commerciale et gestion. La population scolaire avoisine les 4000 apprenants. Depuis 2012, les Frères ont construit un complexe scolaire privé dénommé « Complexe Scolaire Ntetembwa ».